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Combien de temps dure une respiration ?

sabrina9373
15 oct.
6 min de lecture

À la rencontre du souffle, pour apprendre à ralentir le temps. Nous passons une bonne partie de nos journées à courir après le temps. Nous cherchons à en gagner, à en économiser, à faire entrer toujours plus de choses dans des journées qui, décidément, refusent de dépasser 24 heures. Et quand nous avons enfin un peu de temps devant nous, nous trouvons souvent quelque chose à faire pour le remplir.

Je ne sais pas vous, mais personnellement, je suis assez douée pour ça...


La respiration comme repère au quotidien ?
Est-ce vraiment le temps de ma respiration qu'il faut que j'interroge ?

Et pendant ce temps-là, nous respirons.

Sans y penser, sans avoir besoin de nous en occuper. Heureusement d'ailleurs, parce que si nous devions nous rappeler d'inspirer et d'expirer entre deux réunions, les courses et les devoirs des enfants, notre espérance de vie serait probablement assez limitée !

Ce souffle est là depuis notre premier instant. Il nous accompagne partout, s'adapte à ce que nous faisons, à nos émotions, à nos efforts. Il est tellement naturel que nous finissons par l'oublier.

Pourtant, il est au cœur de la pratique du yoga. Pas simplement parce qu'il accompagne les postures, mais parce qu'il leur donne une autre dimension. Dans l'enseignement que j'ai reçu et que je transmets aujourd'hui, le souffle est un élément fondamental de la pratique. Il guide le mouvement, nous renseigne sur notre état du moment et devient un formidable support d'attention.

Alors, pendant tout le mois de septembre, j'ai proposé à mes élèves une expérience un peu particulière : conserver la même pratique pendant cinq semaines, avec une intention principale, prendre conscience de la longueur de leur souffle et apprendre progressivement à l'allonger.

Et pour cela, nous avons commencé par… ne rien faire.


Avant de vouloir changer son souffle, encore faut-il le rencontrer.

Au début de mes séances, nous prenons toujours quelques minutes pour nous installer. C'est un moment que je trouve essentiel. On laisse progressivement derrière soi ce qui occupait l'esprit avant d'entrer dans la salle, et on commence à porter son attention vers l'intérieur.

Le souffle est souvent notre premier point de rencontre.

Nous l'observons tel qu'il est, sans chercher immédiatement à le modifier. Où se manifeste-t-il dans le corps ? Est-il ample ou plutôt discret ? Régulier ? L'inspiration et l'expiration ont-elles la même durée ?

On peut même s'amuser à les compter mentalement. Trois secondes à l'inspiration, quatre à l'expiration, par exemple. Peu importe le résultat, il n'y a pas de bonne note à obtenir. Ce qui m'intéresse, c'est que chacun découvre son propre rythme, celui de ce jour-là, à cet instant précis.

En yoga, nous utilisons le terme sanskrit bhāvanā pour désigner une orientation de l'attention, une intention que l'on installe dans la pratique. Observer son souffle en est une. Et cela peut paraître très simple, jusqu'au moment où l'on réalise que notre esprit est déjà reparti ailleurs, parfois au bout de quelques secondes seulement.

Alors on revient au souffle. Sans s'agacer, sans se juger. Et on recommence.

C'est déjà une expérience intéressante : ce mouvement que nous réalisons inconsciemment toute la journée devient, pendant quelques minutes, le centre de notre attention.


Et le ventre dans tout ça ?.

Il y a une consigne que mes élèves m'entendent répéter très régulièrement : relâchez le ventre, laissez-le libre, neutre.

Ce n'est pas une question de confort uniquement. C'est surtout une manière de laisser au diaphragme, notre principal muscle inspiratoire, la liberté de faire son travail.

Situé sous les poumons, il forme une sorte de coupole qui sépare le thorax de l'abdomen. Lorsque nous inspirons, il se contracte et s'abaisse, contribuant à augmenter le volume de la cage thoracique pour permettre à l'air d'entrer. Les organes abdominaux se déplacent alors légèrement et, si la paroi du ventre est souple, celui-ci peut naturellement s'arrondir. Lors d'une expiration tranquille, le diaphragme se relâche et remonte.

C'est un mécanisme que nous n'avons pas besoin de commander consciemment. Mais nous pouvons lui laisser plus ou moins de liberté.

Or, nous avons souvent tendance à maintenir le ventre, parfois sans même nous en rendre compte. Pour nous tenir droits, pour préserver notre silhouette, par habitude ou sous l'effet des tensions de la journée.

Alors, dès les premières minutes de la séance, je rappelle cette invitation à relâcher ce qui n'a pas besoin d'être contracté. Non pas à pousser volontairement le ventre vers l'avant, mais simplement à le laisser disponible pour accompagner la respiration.

Plus tard dans la pratique, nous pourrons au contraire solliciter les muscles abdominaux pour accompagner certaines expirations. Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour le moment, nous apprenons à laisser respirer le corps sans lui imposer de contraintes inutiles.


Allonger son souffle, oui. Mais pas à n'importe quel prix.

Une fois le souffle observé, nous pouvons commencer à intervenir progressivement sur son rythme et sa longueur.

C'est ici qu'entre en jeu une technique fondamentale dans mon enseignement : Ujjāyī.

Elle consiste à créer une légère modulation au niveau de la gorge, plus précisément de la glotte, qui rend le passage de l'air perceptible par un son discret et régulier. Nous travaillons également avec Jālandhara Bandha Mudrā, une position particulière de la tête et du menton, qui participe à l'organisation du corps dans le travail respiratoire. Ce sont deux éléments distincts, même s'ils peuvent être associés dans la pratique.

Je compare souvent Ujjāyī au bas du corps dans une posture debout. Les pieds, les jambes, le bassin constituent notre socle, ce qui nous permet de construire la posture sur une base stable. Pour moi, Ujjāyī est le socle du souffle.

C'est un repère auquel revenir, notamment lorsque nous cherchons à allonger notre respiration.

Car allonger le souffle ne consiste surtout pas à inspirer ou expirer le plus longtemps possible. Il ne s'agit pas de battre son record personnel, ni de tenir une seconde supplémentaire coûte que coûte.

Ce qui m'intéresse, c'est la juste mesure.

Tant qu'Ujjāyī reste calme, fluide et régulier, nous disposons d'un indicateur intéressant du confort de notre respiration. Si l'inspiration se précipite, si le souffle devient heurté, si l'on ressent le besoin de reprendre brusquement de l'air, c'est probablement que nous avons voulu aller trop loin. Il faut alors réduire la durée recherchée et retrouver une respiration naturelle, sans effort excessif.

Cette écoute est essentielle. La bonne longueur n'est pas celle du voisin de tapis, ni même celle que nous avions atteinte la semaine précédente. C'est celle qui nous convient aujourd'hui.

Dans ce travail, nous pouvons aussi chercher progressivement à installer une expiration plus longue que l'inspiration, lorsque cela se fait sans difficulté. Mais là encore, il ne s'agit pas d'appliquer une règle coûte que coûte. Le souffle doit rester confortable et disponible.

Ce sont des techniques qui s'apprennent et s'adaptent. Les explorer avec un professeur permet justement de respecter les possibilités de chacun, sans transformer la respiration en exercice de contrainte.


Quelques secondes de plus… et alors ?

À la fin d'une séance, j'aime proposer de revenir à cette observation initiale.

Retrouver le souffle, le laisser reprendre son rythme naturel, puis éventuellement mesurer à nouveau la durée de l'inspiration et de l'expiration.

Il arrive qu'il se soit allongé. Qu'il soit devenu plus tranquille, plus régulier. Parfois, la différence est perceptible sans même avoir besoin de compter.

Mais ce n'est pas systématique, et ce n'est pas grave.

Ce qui m'intéresse davantage, c'est ce que nous avons vécu pendant la pratique pour en arriver là. Cette attention portée à quelque chose que nous négligeons si facilement. Cette capacité à reconnaître le moment où nous pouvons aller un peu plus loin, mais aussi celui où il est préférable de ne rien ajouter.

Au terme de nos cinq semaines de septembre, certaines et certains de mes élèves m'ont confié avoir retrouvé un souffle plus tranquille. D'autres ont évoqué une manière différente, plus présente, d'habiter les mouvements. De mon côté, j'ai observé une intériorité qui semblait s'approfondir au fil des séances.

Je reviendrai sur cette expérience dans un prochain article, parce qu'elle m'a aussi beaucoup appris sur l'intérêt de répéter une même pratique, tout en faisant évoluer l'attention qu'on lui porte.


Mais pour aujourd'hui, je voudrais simplement revenir à notre question de départ.

Combien de temps dure une respiration ?

Quelques secondes, bien sûr. Et quelques secondes de plus, peut-être, après une pratique.

Seulement, à force de chercher à allonger ce souffle, je crois que nous découvrons quelque chose d'un peu plus intéressant que sa durée.

Nous apprenons à lui accorder du temps.

Et si, finalement, nous n'avions pas besoin de plus de temps, mais d'être davantage présents dans celui dont nous disposons déjà ?

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